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Film documentaire – février 2018

Réalisé par Eric Chebassier et Jean-François Ducrocq

Un théâtre sur la lune

Réalisation Jean-François Ducrocq et Éric Chebassier / sur les comédiens de l’atelier Catalyse Tristan Cantin, Guillaume DrouadaineChristian LizetChristelle PodeurJean-Claude PouliquenSylvain Robic / Production Les 48° Rugissants – Brest, Point du jour – Paris / Coproduction avec Tébéo, Tébésud, TVR & France 3 Bretagne / Avec le soutien  du Conseil Régional de Bretagne et du CNC


Depuis plus de trente ans, Madeleine Louarn mène avec les comédiens handicapés mentaux de l’atelier Catalyse, ancré à Morlaix, une expérience de théâtre singulière, joyeuse et extraordinairement fertile. À l’occasion de la création de Ludwig, un roi sur la lune – sélectionné pour le 70e Festival d’Avignon au mois de juillet 2016 – nous nous attarderons avec eux à tous les détails de l’aventure, des répétitions à lagrande première.

Note d’intention

En 1988, j’ai 22 ans. Je viens d’abandonner mes études et je traverse une longue période de doute. L’avenir se dérobe. Je pose un acte pour sortir de cette mauvaise passe. Je sollicite et obtiens un emploi jeune aux Papillons Blancs, une association qui accueille en pension des enfants et des jeunes handicapés mentaux. J’y reste 12 mois. Au contact des pensionnaires du centre, je laisse de côté les interrogations sur mon avenir, les questionnements existentiels. Je suis dans l’action. À mesure que je me rapproche d’eux, j’ai le sentiment d’aller pour la première fois vers ma nature profonde. À la fin de mon contrat, je ne poursuivrai pas l’aventure. Mais elle m’aura profondément transformé à une période décisive de ma vie. Peu après, j’ai l’opportunité de publier mes premiers articles dans un magazine. Je deviens bientôt journaliste dans la presse écrite. Puis je réalise mes premiers films. Je ne regrette rien de mes choix mais je repense souvent à cette année partagée avec les jeunes pensionnaires des Papillons Blancs.

Il y a trois ans, je rencontre Madeleine Louarn et les comédiens de l’atelier Catalyse lors d’un séjour à Morlaix où je me rends pour la rédaction d’un article sur l’une de leurs précédentes créations – Les Oiseaux d’Aristophane. Je passe plusieurs jours sur place, j’assiste à quelques-unes de leurs répétitions et j’éprouve une forte émotion à les voir travailler sur le plateau. Je pense une nouvelle fois aux pensionnaires des Papillons Blancs. Pourtant, ici, tout est différent.

Comme les pensionnaires des Papillons Blancs, les comédiens de Catalyse sont dans une institution. Mais Madeleine leur a donné la possibilité d’être des sujets actifs. Elle leur a permis d’avoir accès à un univers esthétique. Elle est partie du principe que la question de l’Art – la question du Beau – pouvait devenir celle de tous, quels que soient les individus, leur histoire, leurs déficiences. Je suis bouleversé de ce que je vois et de ce que j’entends lors de ces quelques jours passés avec eux, de l’ambition de Madeleine, de l’ampleur de son projet, de ce que cela provoque chez Christelle, Jean-Claude, Sylvain, Christian, Guillaume,Tristan.

Ici la détresse laisse place à tout autre chose. Il y a de la joie, de l’action, du relationnel, une ambition partagée, le sentiment d’appartenance à un projet. Toutes ces choses absentes d’une institution classique comme celle où j’ai travaillé plus jeune sont ici au coeur du quotidien.

Les handicapés mentaux sont des personnes qu’on ne regarde pas ou alors mal, de travers. Ils sont assignés à leur statut, mis de côté, bordurés, voire oubliés. On leur attribue une pension, un foyer, mais leur sort est scellé : socialement, ils sont réduits à leur condition. Madeleine prouve qu’il est possible de faire autrement. Que les gens ne se transforment pas tout seuls, mais en fonction de la place, de l’espace qu’on veut bien leur donner. Et elle nous rappelle combien la condition humaine est faite de vulnérabilité mais aussi d’incroyables ressorts, d’une magnifique adhésion à la vie. Elle s’entoure d’acteurs peu agiles, faisant face à des difficultés multiples, que certains auraient pu considérer comme insurmontables, et elle nourrit pour eux les plus hautes ambitions. Aristophane, Beckett, Pouchkine, Thomas Bernhard… Rien n’est trop beau, aucun auteur n’est hors d’atteinte. Ce sont toujours les comédiens de Catalyse qui dictent le choix des textes. Parce qu’ils portent en eux une histoire, une question qui fait que la friction qui s’installe entre eux et le texte va révéler quelque chose d’autre.

Au mois de juillet, les comédiens de l’atelier Catalyse seront au centre de l’attention. Et pour la première fois, ils figureront dans la sélection officielle du festival d’Avignon, dans le Saint des saints du théâtre contemporain. C’est une histoire unique qui a vu le jour ici, en Bretagne, et c’est à Brest que leur nouvelle création est en train de sortir de terre. Au moment où j’écris ces lignes, je suis à leurs côtés.

Je veux faire un film qui raconte cet acte de foi. Témoigner du pouvoir d’émancipation du théâtre, de sa vertu transformatrice. Observer ces comédiens s’ouvrir à la proposition qui leur est faite, les découvrir chaque jour moins cloîtrés dans leur solitude, chaque jour davantage ensemble. Un pas après l’autre. Ils s’animent, individuellement et collectivement portés par le projet à mesure que la date de la première approche. Les comédiens de Catalyse seront le coeur palpitant du film. Je veux les regarder, être tout entier avec eux, me laisser transporter – déplacer mon regard, le transformer. Jusqu’à ce que les stigmates du handicap nous apparaissent aussi naturellement que des lunettes sur le nez d’un enfant. Jusqu’à ce que les mots handicapés mentaux, folie, différence, s’effacent et que l’on envisage Christelle, Jean-Claude, Sylvain, Christian, Guillaume, Tristan dans l’acceptation la plus entière de ce qu’ils sont. Dans leur humanité toute nue.

Jean-François Ducrocq

Avant-Première / Cinéma La Salamandre – Morlaix

jeudi 1er février à 20h30

 

Avant-Première / Cinéma Aux Studios – Brest

mercredi 21 mars à 18h30

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